Publié le 22 Septembre 2026
Bricoleurs d’imaginaires : Jacques Larguier et cie.
Ça bouge et ça tourne et ça roule ta bille.
Ça bat des ailes.
On peut même dire qu’eu-égard au nombre de plumes, ça s’écrit.
En tout cas, ça gratte.
Ça s’amuse aussi avec la lumière et ça dessine, sur les murs et le sol, des jeux d’ombres, des figures fantastiques.
Ça s’anime en dessin à Nîmois, si j’ose dire.
Mais ça ne se limite pas au voir.
Loin d’en faut.
Et d’abord on peut parfois toucher, participer au spectacle en mouvement.
Ça fait du bruit surtout, pas mal de bruit, des sons absolument inédits, celui des choses dont le destin se croise, alors qu’elles-mêmes n’y croyaient plus, le temps d’une rotation, d’un écoulement, d’un frétillement.
Ça, ce sont les sculptures cinétiques mises espace et même en scène par Jacques Larguier, véritable petit théâtre sans personnages mais dont le metteur en scène est omniprésent, qui veille au grain du bon déroulement du spectacle, intervient au besoin, relance incessamment. £
Une histoire sans paroles mais non sans sons.
Ce spectacle tend vers le total : sons et lumières, visuel et tactile, cinétique et humain, composé avec minutie mais en même temps performatif, soumis aux aléas d’un accident, il en est toujours dans ce monde et qui déjouent tous les calculs, disait le philosophe.
Durant 45 minutes tout est rendu possible.
Deux musiciens ajoutent les sons d’instruments les plus divers à la trame sonore offerte par l’orchestre de choses mouvantes.
Ils improvisent, tout comme l’artiste circulant parmi ses œuvres, au risque de les faire chuter.
On en a vu d’autres : un éléphant dans un magasin de porcelaine.
Cette impression de fragilité se retrouve dans les notes égrenées de manière cristalline.
Le trio nous bricole un concert.
On y perçoit de lointains échos de musique concrète, dodécaphonique, du jazz même, sans doute aussi de la meilleure pop.
Bref un concert qui se veut avant tout bricolé.
Comme sont bricolés les objets de Jacques Larguier.
Mais un bricolage plus sérieux qu’il en a l’air.
Le recyclage n’est plus un sujet marginal.
Un bricolage au sens noble du terme.
Et quoi de plus noble que l’imaginaire ? Des imaginaires… Jacques Larguier Samuel Silvant, Thierry Daudé Des bricoleurs d’imaginaires. Avec notre concours s’entend.
BTN